Napoléon et Dieu Agrandir l'image

Napoléon et Dieu

978-2-37271-177-7

Philippe Bornet

Nouveau

19,00 €

Fiche technique

Pages180
Dimensions13,5 x 20,5 cm
Couverturesouple
Date de parutionmars 2021

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  Préface de Jean Tulard

   « La question “Napoléon était-il chrétien ?” est un sujet qui peut difficilement être traité par un universitaire.
   « Ce sujet paraît tranché et moi-même, ayant lu le général Bertrand, j’ai longtemps cru que Napoléon était mort théiste, muni des derniers sacrements pour complaire à l’opinion catholique, pour sacrifier à une religion nécessaire à  la société et sans laquelle reprendrait inévitablement cette guerre de chacun contre tous, décrite par Thomas Hobbes.
   « Il était temps de reprendre le dossier avec un œil neuf, et je m’efforce de poser ici sur la foi de l’Empereur un regard global, replaçant les pensées et les actes dans leur contexte, accordant plus de prix aux actions qu’aux écrits et aux écrits qu’aux paroles, sans oublier qu’on n’est pas le même enfant, adolescent, adulte agonisant. Napoléon en personne connut le doute et les préjugés de son temps sans jamais renier son baptême catholique. » Philippe BORNET

   Historien, Philippe Bornet est un spécialiste reconnu de Napoléon Bonaparte pendant la Révolution. Il a déjà publié La Furia : Bonaparte en Italie (France Empire, 2002), Sultan Bonaparte chez E.dite en 2008 et Who wants to kill Bonaparte ? (Amazon USA, 2018).

Autres ouvrages du même auteur : cliquer ici.

Dans la Presse

La Nef, n°336, Mai 2021

   Dans l’abondante production littéraire suscitée par le bicentenaire de la mort de Napoléon, deux livres traitent de son rapport à Dieu. Philippe Bornet, dans une étude classique et bien documentée, préfacée par Jean Tulard, scrute les convictions et les doutes de Napoléon en matière religieuse, et aussi leur évolution. Médecin de formation, il traite sur quatre chapitres de la maladie et des dernières années de l’Empereur et des nombreuses conversations qu’il eut sur la religion lors de son exil à Sainte-Hélène. Un autre chapitre, « Napoléon est-il franc-maçon », appelle des réserves. Trop inspiré des thèses du Père Michel Viot sur le sujet, Philippe Bornet en arrive à minimiser le caractère anticatholique et relativiste de la franc-maçonnerie au XVIIIe siècle, jusqu’à affirmer que « si Clément XII n’avait pas excommunié la franc-maçonnerie et porté un coup terrible au spiritualisme maçonnique, celle-ci n’aurait pas dérivé vers l’athéisme » ! [...]

Yves Chiron

France Catholique, 30 avril 2021

   Alors que l’on célèbre le 200e anniversaire de la mort de Napoléon à Sainte-Hélène, retour sur les relations tumultueuses entre Pie VII et l’Empereur qui, après avoir dominé l’Europe, mourut dépouillé en chrétien dans les souffrances de l’exil.

   « Un saint homme  » : c’est en ces termes que Napoléon évoquait le pape Pie VII au crépuscule de sa gloire, exilé sur l’île de Sainte-Hélène. L’empereur déchu n’aura pourtant jamais témoigné une quelconque vénération pour le Souverain pontife. Mais les deux hommes se respectaient et jouèrent sur plusieurs années une partie d’échecs dont le pape sortit gagnant.

   L’impasse de la Constitution civile du clergé

   Napoléon a très tôt conscience qu’il doit s’appuyer sur l’église pour restaurer l’ordre public dans le pays. La déchristianisation voulue par les révolutionnaires n’a pas pris. Le peuple est resté attaché à l’Église catholique et romaine. Les lieux de culte où sont célébrés les offices du clergé constitutionnel sont vides. Et les Français aiment leurs vieux curés réfractaires. Pour Napoléon, la Constitution civile du clergé adoptée par l’Assemblée nationale constituante le 12 juillet 1790 est une impasse.

   D’ailleurs, lors de la fondation des Maisons d’éducation de la Légion d’honneur à Écouen et à Saint-Denis en 1807 et 1809, Napoléon ne choisit comme aumôniers que des prêtres réfractaires, revenus d’exil ou s’étant cachés pendant la Révolution. Dès 1800, le général Bonaparte, alors Premier consul, a en tête l’idée d’un concordat. En remportant la bataille de Marengo le 14 juin, la France arrache le nord de l’Italie à l’Autriche. Pie VII a été couronné pape à Venise dans l’humble chapelle du monastère bénédictin de San Giorgio Maggiore trois mois plus tôt. Il se retrouve soudainement sous autorité française, privé, comme Pie VI, son prédécesseur, de son pouvoir temporel car loin de Rome occupée par les troupes françaises. Les États pontificaux sont dans la main de Napoléon.

   Mais le Premier consul sait voir en Pie VII un interlocuteur à la hauteur de sa vision politique. Il l’a déjà remarqué lorsqu’il était évêque d’Imola en 1796, et que son diocèse était envahi par les troupes françaises. Le futur pape avait rassuré ses paroissiens avec un sermon qui avait beaucoup plu à Napoléon, et qui commençait ainsi : «  Mes frères soyez de bons chrétiens et vous ferez d’excellents démocrates ! La forme du gouvernement démocratique ne répugne pas à l’Évangile.  » Avec Pie VII, il va pouvoir discuter de la restauration de l’Église traditionnelle, mais à ses conditions.

Retrouvez l’intégralité de l’article et du Grand Angle consacré à Napoléon dans le magazine.

Véronique Jacquier

Blog Rebellion, 21 avril 2021

   Deux cent ans après la mort de l’Empereur à Sainte Hélène, nous nous demanderons en quoi croyait Napoléon, quelle place il a pris dans l’histoire de France, et qu’en reste-t-il.

   Houellebecq écrit quelque part que Napoléon est pire qu’Hitler car Hitler croyait à quelque chose, ce qui n’aurait pas été le cas de Napoléon. Homme d’opportunités, assurément, Napoléon l’était. Il dit qu’il aurait pu se faire musulman. Certes. Mais ce n’est pas un hasard s’il a fait carrière en France, et ni en pays musulman, où il a vite été rejeté comme envahisseur français par les populations locales, qui ne s’y trompaient pas, ni en Allemagne ou en Autriche comme Feld-maréchal von Bonaparte, comme l’avait imaginé l’excellent Jean Dutourd.

   Il n’est du reste pas certain que Napoléon ne croyait en rien. Il ne croyait pas aux religions, car il ne croyait qu’à leur utilité sociale mais pas à leur message. Mais il croyait en Dieu. En tout cas en un Dieu, même s’il aurait pu croire aussi bien au Dieu de l’islam qu’au Dieu chrétien. D’autant plus qu’il était (à tort) sceptique sur l’existence de Jésus. Nous renvoyons, sur cette question, à l’ouvrage érudit et passionnant de Philippe Bornet (Napoléon et Dieu, Via Romana, 2021).

   Si Houellebecq veut dire que Napoléon n’avait pas d’idéologie au sens de ce terme au XXe siècle, c’est une évidence. Napoléon détestait les « idéologues ». Ceux-ci représentaient une pointe avancée de l’esprit des Lumières, qui, contrairement à la plupart des penseurs des Lumières, ne croyaient pas en un Dieu, étaient donc antithéistes, et étaient matérialistes c’est-à-dire ramenaient la compréhension du réel à l’étude des forces matérielles.

   Napoléon était un homme des Lumières mais pas de ces Lumières avancées. Il croyait aux Lumières au sens où rien de doit être examiné sans faire usage de la raison, mais, bien qu’ayant été influencé par Rousseau, il rejetait la croyance en la vertu de la liberté. Il ne croyait pas non plus – c’est le moins qu’on puisse dire – aux idées de Kant et de Condorcet sur la nécessité d’un tribunal international des nations. Ami des Lumières modérées au service d’un pouvoir fort, Napoléon n’était pas un cas isolé. Avant Napoléon, ce fut le cas de Joseph II de Habsbourg, et Frédéric II de Prusse. Et en même temps que Napoléon, le tsar Alexandre 1er de Russie se veut un homme des Lumières avant de tomber dans le rejet de celles-ci durant la dernière partie de son règne.

   Les idées de Napoléon par rapport aux Lumières, tout comme son ambigüité entretenue par rapport à la Révolution, expliquent en bonne part le déplacement de Napoléon dans le spectre politique. C’est ainsi que Napoléon assumera toujours l’exécution du duc d’Enghien, comme marqueur de la différence incomblable entre lui et les Bourbons. Il faut aussi tenir compte du fait que Napoléon est longtemps perçu comme héritier de la Révolution, et que la période « heureuse », guerrière mais victorieuse, de son règne (jusqu’en 1808) correspond à la période durant laquelle il n’a pas encore complètement rompu avec l’héritage révolutionnaire. Le calendrier révolutionnaire est supprimé en 1806, et jusqu’en 1808, les pièces de monnaies portent l’inscription « République française – Napoléon 1er Empereur ». C’est à partir de cette date de 1808 qu’est créée une noblesse, qui n’a pas les privilèges de l’ancienne, et qui n’est pas héréditaire.

   Napoléon, Empereur du peuple ? C’est l’image qu’on en gardera souvent. C’est beaucoup dire. Mais le soutien populaire était réel durant les premières années de son règne. En outre, l’impulsion donnée à l’industrie, le protectionnisme – ce que Bertrand de Jouvenel a appelé « l’économie dirigée » (Napoléon et l’économie dirigéeLe blocus continental, La Toison d’or, 1942) va aussi avec un relatif plein emploi des ouvriers, tandis que le tournant absolutiste de son règne, avec son remariage avec une fille de l’Empereur d’Autriche, s’accompagne de la crise économique de 1811, et des désastres militaires. Napoléon a perdu le peuple en même temps que sa bonne étoile. Héritier de la Révolution, mais y mettant un point final, tel est donc le double visage de Napoléon. Son souvenir sera lié à ces deux aspects. Les républicains se rappelleront de l’autocrate, mais les monarchistes ne lui pardonneront pas d’avoir refusé en 1800 les propositions du comte de Provence de rétablir la monarchie. Détesté par les monarchistes, Napoléon sera rejeté du côté du souvenir de la Révolution.

   Comment Napoléon prend-t-il place dans l’histoire politique de la France ? C’est tout d’abord sous la forme d’un souvenir. Puis, après le Second Empire, ce souvenir est désacralisé, car la défaite de 1870 n’est pas perçue comme grandiose, comme celle de Waterloo, mais beaucoup plus comme un échec trivial. Et c’est alors que l’on passe de la nostalgie napoléonienne au mouvement bonapartiste. Il se diluera rapidement dans le boulangisme puis dans les divers populismes et tentative de troisième voie du XXe siècle.

   Mais c’est d’abord un souvenir brûlant, une présence émotionnelle que l’empreinte laissée par Napoléon. Sous la Restauration, les bonapartistes sont proches des libéraux, c’est-à-dire de la « gauche » avec, par exemple, le général Foy. Un des éléments qui expliquent ce rapprochement paradoxal est l’épisode des Cent Jours. C’est là que fut élaborée la Constitution dite Acte additionnel aux Constitutions de l’Empire, inspirée par Benjamin Constant, et dite pour cela la « Benjamine ». Loin d’être un Acte additionnel, elle contredisait toutes les pratiques politiques antérieures de Napoléon. Cette nouvelle Constitution allait nettement plus loin dans le sens d’un régime représentatif parlementaire que la Charte de 1814 « octroyée » (le roi tenait au mot) par Louis XVIII. L’une des erreurs, la plus énorme de l’acte additionnel de Napoléon, plus concédé que voulu, était l’instauration d’une Chambre des Pairs héréditaire. Il n’est pas étonnant que le peuple se soit si peu déplacé lors du plébiscite de mai 1815 pour approuver un tournant libéral qui n’était pas dans son tempérament, alors qu’il espérait plutôt un tournant jacobin, voire montagnard et « sans-culotte ». Cette illusion d’un possible « Empire libéral » permettra un rapprochement entre bonapartistes et libéraux jusqu’en 1830.

   Les choses changent avec la Monarchie de Juillet. Louis-Philippe récupère le souvenir de Napoléon avec le retour des cendres (1840), et il prend à son service quelque uns de ses vieux serviteurs. Le rétablissement du drapeau tricolore crée une continuité entre Révolution, Empire, Monarchie de Juillet. Napoléon devient une référence moins « à gauche », le symbole d’une révolution maitrisée, réduite à ses acquis de 1789-91. Les ouvriers, encore proches de Napoléon en 1815, s’éloignent de toute nostalgie impériale. Il faudra la Révolution de Février 1848 et un singulier alignement de planètes pour que Napoléon III, alors le prince Louis-Napoléon, petit-fils de Joséphine, bénéficie d’une occasion inespérée. Celle-ci venait de la très rapide dérive à droite de IIe République issue de la Révolution de 1848. En Juin 1848, le gouvernement tire sur les ouvriers, ceux-ci protestant, en pleine crise économique, contre la fermeture des Ateliers nationaux. La brutalité de la répression bourgeoise laisse un vide politique. L’élection présidentielle de décembre 1848 montre qu’un candidat issu du camp de la répression ne peut incarner l’unité de la nation. Louis-Napoléon recueille plus de 74 % des voix, tandis que, loin derrière, le conservateur Cavaignac en recueille moins de 20 %. Encore plus loin (5 %) est le démocrate socialiste, ou « républicain avancé », Ledru-Rollin. Cette élection ne peut se comprendre qu’en référence aux événements terribles de Juin 1848 : la République contre les ouvriers. C’est à partir de là que Louis-Napoléon pourra apparaitre un homme de l’ordre – conservatisme social et catholicisme – sans être lui-même l’homme de la répression anti-ouvrière.

   Après avoir gagné largement l’élection présidentielle de fin 1848, le rétablissement de l’Empire se fera en deux étapes avec le coup d’Etat du 2 décembre 1851 et la proclamation de l’Empire le 2 décembre 1852, non sans une forte résistance en décembre 1851, venue aussi bien de milieux ruraux qu’ouvriers. Le régime se dotera néanmoins, à la faveur d’une certaine prospérité, d’une base sociale chez les paysans. Par contre, des mesures sociales en matière d’habitat n’amèneront pas un ralliement des ouvriers.

   Camouflage ou authentique orientation ? Conservateur social, Louis-Napoléon ne l’était pas du tout à la mode Thiers ou Guizot. Auteur des Idées napoléoniennes (1839), De l’extinction du paupérisme (1844), le futur Napoléon III avait le souci de résoudre le problème social par des propositions réformatrices concrètes. Si le terme de « socialisme napoléonien » peut paraitre excessif, Louis-Napoléon était à coup sûr plus social que beaucoup de républicains négligeant la question sociale. Devenu Empereur, Louis-Napoléon n’oublie pas ses idées réformatrices. Un Empereur saint-simonien, c’est toujours une façon d’être héritier des Lumières, mais les limites du saint-simonisme apparaissent vite. Restent des mesures qui rompent avec l’individualisme exacerbé de la monarchie de Louis-Philippe.

   C’est Napoléon III qui institue le droit de grève en 1864, supprime le délit de coalition (loi Emile Ollivier, un républicain libéral rallié à Napoléon III à partir du tournant de l’Empire libéral en 1860), et s’il faut attendre la loi Waldeck-Rousseau de 1884 pour que soient autorisés les syndicats, il fait un pas en ce sens en autorisant les chambres syndicales en 1868, tandis qu’il supprime en 1869 l’obligation du livret ouvrier, établi en 1781 sous Louis XVI, et rendu obligatoire par Napoléon Bonaparte (1803. C’est encore Napoléon III qui abolit la loi qui, en cas de litige entre un patron et un ouvrier, faisait prévaloir le dire du patron.

   Le mouvement ouvrier, qui va des républicains radicaux aux « socialistes » (les guillemets s’imposent car le terme est récent et les socialistes sont divers et non organisés en parti), comme François-Vincent Raspail, ne peut compter que sur une masse de travailleurs à domicile et d’ouvriers de fabriques qui est en augmentation, mais reste très minoritaire par rapport aux masses rurales. Napoléon III, par le souvenir du Grand Homme (dont Raspail fut un partisan durant les Cent Jours), peut s’imposer auprès de l’électorat paysan, sans s’aliéner radicalement les populations ouvrières. Le monde ouvrier, s’il n’est pas bonapartiste de conviction, ne veut pas se battre pour les fusilleurs de Juin 1848.

   Ce mouvement ouvrier se définit en bonne part « à gauche », en ce sens que les revendications sociales se mêlent à un anti monarchisme (ni le comte de Chambord ni les Orléans, malgré les propositions sociales mais paternalistes de Chambord) et à un anticléricalisme virulent. Marx, qui ne se référait jamais à la « gauche », tout comme Michéa, qui voudrait que le mouvement socialiste ne s’y référa jamais, sous-estiment les aspects hors lutte de classes du mouvement ouvrier et socialiste : le patriotisme intransigeant, voire irréaliste en 1871, et l’anticléricalisme.

   Cette confusion entre gauche ouvrière et gauche politique libérale, dont la critique est l’élément central des livres de Jean-Claude Michéa, fait que la gauche ouvrière mène des combats qui ne « devraient pas » être les siens, selon une pure logique de la lutte des classes, contre l’Eglise, alors que le problème principal n’est plus l’Eglise mais le capital, pour Dreyfus alors que cette question pourrait être considérée comme une affaire interne à la bourgeoisie. Le problème est que ce point de vue se heurte au sens commun : une injustice faite à un homme est-il dépourvu de tous rapports avec une injustice faite à une classe ? Que cela plaise ou non, le goût français des idées générales et de l’universalité amène à répondre non.

   Ceci explique qu’un mouvement socialiste et ouvrier au-delà du clivage droite-gauche est concrètement difficile à identifier. Ce socialisme chimiquement pur que recherche Jean-Claude Michéa, en expliquant à juste titre que le mouvement ouvrier se fait manipuler par la mise en avant d’enjeux sociétaux qui ne sont pas les siens, peut-il exister ? En théorie peut-être, dans l’histoire réelle, on ne le trouve pas. Qu’on le déplore ou non, force est de constater que le mouvement ouvrier est souvent imprégné de l’idéologie du progrès, ce qui l’amène à entrer dans des coalitions « progressistes », à soutenir la guerre de 1914 comme « guerre du droit » et à se rallier à l’ « Union sacrée », etc.

   Après le Second Empire et le désastre de 1870, l’idée napoléonienne se trouve déportée « à droite ». Les bonapartistes des années 1870-1880 se trouvent proches des monarchistes orléanistes. Ils s’engouffrent pour beaucoup dans l’aventure boulangiste et disparaissent ensuite. L’esprit napoléonien se retrouve dans les projets de république rénovée, autoritaire et plébiscitaire, supposée être plus efficace que la république parlementaire. Toutefois, après la victoire de 1918, il devient difficile, pour les nostalgiques des deux Empereurs, de dire que la république ne sait pas gagner une guerre, d’autant que les deux Empires ont montré qu’ils étaient capables d’en perdre.

   Ce qui reste du bonapartisme est le goût d’un Etat fort et efficace, non entravé par les excès délibératifs du parlementarisme, une capacité d’impulser de grands projets, et surtout l’idée qu’un gouvernement doit s’appuyer sur le peuple (« l’appel au peuple ») en faisant régulièrement constater sa légitimité par le plébiscite. C’est ce dernier aspect qui reste actuel et sa forme démocratique sera le référendum dont usera de Gaulle et qui sera un des derniers moments où la France aura connu de vrais débats démocratiques. L’esprit gaullien, son réalisme international, son souci de la question sociale avec la participation, réalisera la synthèse entre le principe napoléonien de la souveraineté du peuple, et le réalisme politique des meilleurs des capétiens.
Pierre Le Vigan

Napoléon et Dieu - Musanostra, avril 2021

   Napoléon n’eut pas avec sa foi un rapport constant et apaisé. Et même au crépuscule de ses jours, il fut assiégé par le doute. Dans un ouvrage brillant, Philippe Bornet revient sur le lien à la fois politique et tourmenté qu’il entretint avec la religion.

   Parmi les innombrables études consacrées à Napoléon et qui ne cessent de fleurir en cette année du bicentenaire de sa mort, il n’y en aurait que quatre ou cinq qui examinent l’attitude de l’empereur face à la religion. C’est le thème qu’a choisi Philippe Bornet dans un ouvrage qui vient de paraître, intitulé Napoléon et Dieu.[1]

   Voici la déclaration de foi de l’auteur :

« Il était temps de reprendre le dossier avec un œil neuf, et je m’efforce de poser ici, sur la foi de l’Empereur un regard global, replaçant les pensées et les actes dans leur contexte, accordant plus de prix aux actions qu’aux écrits, et aux écrits qu’aux paroles, sans oublier qu’on n’est pas le même enfant, adolescent, adulte agonisant. Napoléon en personne connut le doute et les préjugés de son temps sans jamais renier son baptême catholique ».

    Philippe Bornet est clinicien, ancien journaliste, et l’auteur d’essais, de guides pratiques, et de romans historiques. Notamment La Furia, Bonaparte en Italie préfacé par le général Lacaze, (France Empire 2002). Sultan Bonaparte, préfacé par l’historien militaire Jacques Garnier (E-Dite 2008), et Who wants to kill Bonaparte ? (Amazon USA, 2018 avec l’agrément du Prince Napoléon).

   Il compose son livre par dossiers successifs, qui, grâce à sa pratique journalistique, permettent une lecture aisée. Il s’agit souvent de rappels de faits connus, mais qui ne manquent pas de piquant. Napoléon a tenté de se suicider à deux reprises ; de ses deux mariages, aucun n’est valide religieusement. Il était fier d’avoir un ancêtre « bienheureux » (le capucin Bonaventure Bonaparte, de San Miniato). Il éprouvait de la nostalgie d’avoir perdu la foi de son enfance. Même après l’excommunication du pape, ce dernier a toujours éprouvé de l’affection envers lui. Philippe Bornet cite une confidence de l’empereur exilé qui a l’accent de la sincérité :

« J’ai eu besoin de croire, j’ai cru ; mais ma croyance s’est trouvée heurtée, incertaine, dès que j’ai su, dès que j’ai raisonné ; et cela m’est arrivé d’aussi bonne heure qu’à treize ans. Peut-être croirai-je de nouveau aveuglément. Dieu le veuille ! Je n’y résiste assurément pas, je ne demande pas mieux ; je conçois que ce doit être un grand et vrai bonheur. Toutefois dans les grandes tempêtes, dans les suggestions accidentelles de l’immortalité même, l’absence de cette foi religieuse, je l’affirme, ne m’a jamais influencé en aucune manière, et je n’ai jamais douté de Dieu : car si ma raison n’eût pas suffi pour le comprendre, mon intérieur ne l’adoptait pas moins. Mes nerfs étaient en sympathie avec ce sentiment ».(2)

Le point de vue de Tulard

   Nous ne nous risquerons pas à porter un jugement sur la valeur scientifique de Napoléon et Dieu. Voyons plutôt ce qu’en dit un expert en la matière, Jean Tulard, dans sa préface : « Philippe Bornet, excellent connaisseur de l’histoire napoléonienne, nous propose un magnifique sujet. […] Il tient compte des doutes, des hésitations, des regrets derrière les apparences et les déclarations […] Avec d’abondantes citations, il nuance les affirmations des contemporains ».

   Notons au passage le point de vue de Tulard sur le sujet : « Malgré les terribles persécutions qui frappent autant les protestants que les catholiques, la foi chrétienne ne s’éteint pas. Bonaparte en tire les conséquences en faisant du catholicisme une religion d’État. Par calcul politique plutôt que par conviction religieuse. Déjà en Égypte il avait montré qu’il était prêt à se convertir à l’islam pour des raisons d’opportunité. […] Le sacre […] montre chez Napoléon le souci d’assumer le passé chrétien de la France. Mais c’est un bon moyen de marginaliser le futur Louis XVIII qui n’a pas reçu l’onction religieuse. […] L’invention de cette Saint-Napoléon célébrée en grande pompe le 15 août, date de la naissance de L’Empereur, fait de la religion avant tout un instrument politique ».

Une énigme cruciale

   Notons enfin que les recherches de Philippe Bornet l’ont amené à mettre en relief une énigme cruciale dans la problématique qu’il a choisie. En effet, Bertrand croit comprendre que Napoléon, à la fin de sa vie : « paraît dire qu’il n’y a rien après ». Or, cette phrase a été biffée dans les manuscrits détenus par les Archives nationales. Elle est biffée d’une encre noire différente de celle qu’utilisait Bertrand à Sainte-Hélène. De plus les deux mots « il paraît » sont écrits au crayon et en dessous ; sans qu’on sache qui les a tracés. Les Carnets de Bertrand, d’une écriture fine et serrée ont été transcrits par Ernest Razy et Fleuriot de Langle, « qui ont l’entière responsabilité de cette interprétation ». L’historien François Houdeck, qui prépare une réédition de ces Cahiers, ne retient pas cette phrase.

   À lire aussi : Napoléon christique

   Mais alors, quel est le fin mot de l’histoire ? En dernière analyse, de façon tout-à-fait inattendue, nous voilà transportés en Corse, dans le Rustinu, à Bisinchi, village natal de l’abbé Angelo Vignali. Philippe Barnet se demande si dans les archives de l’abbé Vignali, le témoin de l’agonie, le confesseur, le confident de son compatriote déchu, ne se trouve pas la clé de l’énigme.
Francis Beretti

Le Figaro Magazine

   Napoléon croyait il en Dieu? La question sans cesse posée n'a pas reçu de réponse mais il fallait la poser de nouveau. On peut remercier Philippe Bornet, excellent connaisseur de l'histoire napoléonienne, […] d'apporter sa réponse. "Ains s'exprime Jean Tulard dans la préface de cet ouvrage qui bouscule les idées reçues. Napoléon franc-maçon, catholique par opportunisme, antipapiste forcené: telle est la version officielle. Pas si simple, selon l'auteur. A l'origine de sa pointilleuse et lumineuse exégèse, une phrase du général Bertrand dans les Cahiers de Sainte-Hélène censée avoir été dite par le mourant en mai 1821: "Il [Napoléon] parait dire qu'il n'y a rien après." Et si elle était fausse? Alors, "le principal argument des partisans de Napoléon théiste s'écroule", dit Bornet. Et ne reste plus que le Testament où l'Empereur déclare mourir dans la religion catholique où il est né…
Jean-Louis Tremblais

Le Figaro Histoire, avril - mai 2021

   Philippe Bornet sonde l'âme du conquérant et tente de deviner l'issue d'un face à face dont seuls les anges sont témoins. Son enquête est passionnante, déployée avec grâce et ponctuée d'anecdotes méconnues. L'Empereur n'était, certes, pas un dévot, mais il n'était pas non plus un athée et méprisait ceux qui, comme Fouché, considéraient la mort comme un "sommeil éternel". Il connut l'angoisse des grands hommes, aimait à interroger le destin en se plaçant à portée des obus. Cet ouvrage magistral rouvre un dossier maintes fois étudié et le passe au crible d'une analyse rigoureuse. Aucune frange de sa vie intérieure n'est oubliée: son héritage familial, sa morale de stoîcien, son rapport à la mort (qu'il trouvait presque grisante), sa tentative de suicide à Fontainebleau, qu'il jugea restropectivement lâche, ou encore sa relation tumultueuse avec l'Eglise, dont témoigne son "regard foudroyant" vers les banquettes vides des cardinaux lors de la cérémonie religieuse de son son second mariage: les imprudents furent tous exilés.
François-Joseph Ambroselli

Burdigala Presse, 29 mars 2021

Pour le deux centième anniversaire de la mort du premier Empereur… des Français.

   La question taraudait Philippe Bornet, médecin et journaliste, et grand admirateur de l’Empereur.
   Son ouvrage qui conclut par une reconnaissance de l’adhésion au christianisme de Napoléon, est une somme de considérations diverses sur ce personnage complexe dont le rôle dans la cristallisation, la consolidation de l’état et la formation de l’identité nationale est décisif.
   L’auteur au travers de son questionnement, du théisme à la foi traditionnelle, aborde toutes les questions ayant trait à l’identité du personnage et à son histoire.
   A défaut d’une biographie classique, cet ouvrage préfacé par Jean Tulard, le spécialiste incontesté de Napoléon (et des Bonaparte), est une somme que l’on pourrait qualifier d’encyclopédique.
   Tous les aspects de l’existence (sociale, familiale etc…) et de la pensée (politique, philosophique) de l’Empereur sont déclinés en chapitres superbement et exhaustivement référencés.
   Cet ouvrage a deux qualités fondamentales : la première est d’offrir une vision panoramique de l’histoire napoléonienne, la seconde de permettre d’accéder sur un mode détaillé (et documenté) aux caractéristiques les plus diverses de cette histoire.
   Il s’agit donc d’un ouvrage à lire pour le plaisir, par goût du savoir et pour enrichir l’identité historique de cette nation qui connût à cette époque … son « adolescence ».

Daniel Cosculluela

Dynastie, n°62, 23 mars 2021

   On va finir par célébrer le bicentenaire de la mort du « martyr de Longwood » mais ce ne sera sans doute pas pour évoquer la manière dont l’ancien empereur affronta dignement la persécution maniaque de ses geôliers anglais, la maladie et la mort à seulement 51 ans. C’est pourtant une question aussi intéressante que tant d’autres qui font actuellement polémique.

   Surtout quand elle est traitée avec la finesse de Philippe Bornet, qui sait discrètement mettre beaucoup de lui-même dans un essai court, par dossiers successifs. Napoléon, adepte des Lumières et admirateur de Robespierre, était-il théiste et/ou matérialiste ? Sans doute. Mais ce serait négliger « l’empreinte ineffaçable » que laissa en lui une enfance catholique (premier dossier), celle d’un Corse d’origine toscane, qui annexait à sa généalogie un moine canonisable selon la légende familiale (le capucin Bonaventure Bonaparte, de San Miniato). Restaurateur de l’Église et instituant un nouveau Concordat, Napoléon croyait non seulement que la religion est indispensable aux peuples, mais qu’elle est aussi très utile à chaque homme. Même s’il eut à ce propos des mots contradictoires.

   Napoléon ne s'embarrassa certes pas du droit de l'Église pour parvenir à ses fins, que ce soit lors de la messe du sacre à Notre-Dame ou quand il divorça de Joséphine pour épouser Marie-Louise (second dossier). Devait-il communier en ces occasions ? Il expliquera qu'il croyait assez en la présence réelle pour ne pas vouloir commettre un blasphème… Par ailleurs, il donnait souvent raison à Mgr Jean-Baptiste Duvoisin, évêque de Nantes et confesseur de l'impératrice, dans des discussions à caractère théologique : « J'étais extrêmement content de l'évêque de Nantes [...] Il m'eût converti et me ramenait toujours vers la religion au lieu que le cardinal Fesch (ndlr : son oncle) m'en éloignait. » Un troisième dossier – « Napoléon et la mort »* – affine l'analyse psychologique d'un homme hautement conscient d'avoir un destin providentiel.
   Mais l'Empereur avait d'autres soucis que de se convertir alors qu'il était en conflit ouvert avec le pape Pie VII (quatrième dossier) dont il confisquait les États avant de le faire prisonnier à Savone pour répliquer à une excommunication en 1809, ce qui déclenchait la cinquième coalition contre la France, début de la fin…
   Tout semble dit à ce moment du livre sur ce qu'on peut savoir des opinions de Napoléon sur Dieu. Vient pourtant un cinquième dossier sur la franc-maçonnerie, aux accents très actuels, s'inspirant du livre du père Michel Viot (Ces francs-maçons qui croient en Dieu, Le Rocher, 1995) et qui permet probablement de faire comprendre un peu mieux à nos contemporains, toutes proportions gardées, la démarche religieuse de l'Empereur.
Le sixième dossier est un petit dossier extrêmement fouillé et convainquant sur ce dont Napoléon est mort. C'est un détour où l'auteur, qui est médecin de première formation, excelle et qui, selon lui, va nous permettre de mieux cerner les variations des inquiétudes métaphysiques exprimées par l'exilé, selon qu'il se croie en bonne santé, qu'il se sente malade, où qu'il se sache agonisant (les trois derniers chapitres).
   À Sainte-Hélène, dans les derniers temps, on assiste à la messe tous les dimanche et on a beaucoup de lectures et de discussions religieuses.
   Si Napoléon croyait vraiment que le Bon Dieu allait l'accueillir dans son paradis (dont il se fait une curieuse représentation de rassemblement d'anciens combattants réconciliés), on ne le saura pas totalement. Jamais il ne se repentit semble-t-il pour l'assassinat du duc d'Enghien auquel il pensait souvent… Mais une chose est sûre, il n'aurait pas voulu qu'on puisse penser qu'il n'était pas mort en catholique. Et ce n'était pas seulement par calcul politique ou attachement filial, mais pas convictions profonde. Ce Napoléon humilié mérite plus de miséricorde que le triomphateur brouillon qu'on nous sert habituellement. Puisse-t-il trouver sa place dans les célébrations que notre président actuel va nous improviser.
Frédéric Aimard

Blog des Arts, mercredi 17 mars 2021

   Essai historique de Philippe Bornet, avec une préface de Jean Tulard de l’Institut. « Napoléon et Dieu » est seulement le troisième livre paru sur ce thème. Les deux précédents : celui du chevalier Robert-Augustin Antoine de Beauterne «Conversations sur le christianisme » en 1840, et celui de Albert Lumbroso, « Napoléon était-il croyant ? » en 1910. Philippe Bornet, clinicien, ancien journaliste est l’auteur de guides pratiques, de romans historiques et essais. Spécialiste de Napoléon Bonaparte pendant la Révolution. Il a déjà publié « La Furia : Bonaparte en Italie » (France Empire, 2002), « Sultan Bonaparte » chez E.dite en 2008 et « Who wants to kill Bonaparte ? » (Amazon USA, 2018). Philippe Bornet reprend le dossier avec un œil neuf et confronte en finesse les différentes thèses. Napoléon face à Dieu, c’est un magnifique sujet. On sait que Napoléon fit du catholicisme une religion d’Etat, plus par calcul politique que par conviction religieuse. Mais qu’en était-il de ses doutes ? A Sainte-Hélène, Napoléon multiplia des confidences contradictoires. Est-il mort théiste ? Pour guider le lecteur, citons les thèmes développés : « L’empreinte ineffaçable » de la famille, La farce des mariages, Napoléon et la mort, Napoléon et le pape, Napoléon était-il franc-maçon ?, De quoi Napoléon était-il malade ?, Napoléon se croit en bonne santé, Napoléon se sent malade, Napoléon agonisant. Avec une bibliographie.
Alain Vollerin

Herault Direct, 10 mars 2021

Napoléon et Dieu est seulement le troisième livre paru sur ce thème ; les deux précédents (de Beauterne et Lombroso) étant parus en 1840 et 1920.

Que se passe-t-il quand l’homme le plus puissant du monde depuis vingt siècles, rencontre le Tout-Puissant ?

Napoléon est issu d’une famille profondément catholique et s’éloigna de Dieu après s’être disputé avec son confesseur de l’Ecole militaire, qui lui reprochait de préférer la Corse à son nouveau souverain Louis XVI.

Dans cet essai historique, préfacé par le Pr Jean Tulard, Philippe Bornet nous explique que Napoléon était civilement bigame et que ses deux mariages religieux étaient invalides!

Ayant connu à Saint-Hélène les mêmes humiliations qu’il avait imposées au pape Pie VII, il s’entretenait fréquemment de questions religieuses avec ses compagnons d’infortune (nature de l’âme, immortalité, vie après la mort...) et reprit une série de lectures religieuses et théologiques avant de demander la consolation d’un aumônier.

Napoléon était superstitieux et fort ignorant en matière religieuse : il n’a jamais compris la différence entre annulation du mariage et divorce. Il concédait au Pape le pouvoir spirituel mais réclamait le pouvoir temporel absolu et, pour lui, la nomination des évêques en faisait partie. Il força les cardinaux absents à son mariage avec Marie-Louise, à quitter leur tenue rouge et les exila, voire les emprisonna.

Excommunié en 1810, il tenta par tous les moyens d’obtenir du pape un deuxième concordat en 1813.

Le cardinal Fesh, son oncle lui avait fait parvenir une tabatière en forme de cercueil dans le fond de laquelle était écrit : « Pense à ta fin, elle est proche ».

Le samedi de Pâques, il se convertit.

Auteur:

Philippe Bornet, clinicien, ancien journaliste est l’auteur de guides pratiques, romans historiques et essais.

2021... Bicentenaire de la mort de l’Empereur.

Pour achever ce cycle de commémoration commencé en 1969, la Fondation Napoléon a fédéré les institutions engagées dans ce bicentenaire au sein du label « 2021 Année Napoléon ».

Une Année Napoléon inoubliable... partout : l’ Année Napoléon se déclinera dans toute la France, grâce aux institutions muséales, d’archives et de recherches, aux Villes Impériales, à des délégations du Souvenir napoléonien et à des institutions régionales ou locales comme l’Institut catholique de Vendée, mais aussi à l’étranger, grâce à la Commune de Waterloo ou les Domaines nationaux de Sainte- Hélène.

L'Homme Nouveau, n°1738 du 19 juin 2021

   [...] Pour terminer cette présentation, voici le livre de Philippe Bornet, Napoléon et Dieu, qui ne peut que, par son thème, intéresser les lecteurs de L'Homme Nouveau. En dix chapitres, l'auteur esquisse les rapports de l'Empereur avec Dieu et la religion, relation tumultueuse s'il en est. Napoléon déclare dans son testament « (mourir) dans la religion apostolique et romaine, dans le sein de laquelle (il est) né il y a plus de cinquante ans ».
   Catholique, Bonaparte ? C'est Dieu qui sonde les reins et les coeurs mais pour ce qui concerne le for externe, tout un chacun peut juger que Napoléon ne fut pas un catholique convaincu ni un souverain "très chrétien". Homme des Lumières, voltairien, robespierriste, la religion est pour lui un moyen efficace d'encadrer la société. « On peut se passer de Dieu mais pas de religion », aurait-il affirmé. Restaurateur de la religion en France par le Concordat de 1801, il considère le catholicisme comme « la religion de la majorité des Français » et non comme la seule arche du Salut. Les articles organiques voient la victoire du gallicanisme. Divorcé, volage, suicidaire, excommunié, longtemps éloigné des sacrements, Napoléon est aussi le persécuteur des papes Pie VI et Pie VII. Philippe Bornet éclaire nombre de ces questions dans ce livre. À l'annonce de la mort de Napoléon, Pie VII, qui avait tant souffert par la France et avait bien prié et pardonné à son tourmenteur, permit qu'un service funèbre fût chanté à Rome pour lui par son oncle, le cardinal Fesch.