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Dom Aubourg, un moine au coeur du monde

978-2-37271-168-5

Nouveau

25,00 €

Fiche technique

Pages360 + cahier photos de 8 p.
Dimensions16 x 24 cm
Couverturesouple
Date de parutionoctobre 2020

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   « On m’a baptisé “le sauveur de Bayeux”. Je suis bien incapable de dire si j’ai sauvé Bayeux. Je sais seulement que le matin du 7 juin 1944, j’ai risqué ma peau pour avertir des Anglais débarqués la veille et arrêtés à 5 km de là qu’ils pouvaient entrer dans la ville que les Allemands avaient quittée dans la nuit. » Dom Gaston Aubourg (1887-1967).
   Mais quel est donc le destin de cette pure figure que les Normands n’ont pas oubliée ? Sœur Ambroise-Dominique le ressuscite ici. D’une plume franche, alerte, élégante et précise, puisant dans ses notes intimes et l’importante correspondance qu’il entretint avec plusieurs amis, l’auteur campe le personnage : un Normand qui, quelques mois après son ordination, entre à Solesmes, alors en exil dans l’île de Wight. Prêtre habité par une insatiable curiosité, il incarne le prototype du moine savant, fidèle à la règle et à la spiritualité de saint Benoît.
   Quand Solesmes regagne les bords de la Sarthe, Dom Aubourg reprend ses études et différents services au monastère mais, en 1926, il ressent la condamnation de l’Action française par Pie XI comme une blessure. Solesmes, craignant alors d’être alors taxé d’insoumission, l’invite à s’éloigner de l’abbaye. Il sera plus tard « exclaustré ». Emportant avec lui son idéal monastique, son culte de la liturgie et du service de l’Église, il devient l’aumônier de la communauté des religieuses de Saint-Vigor-le-Grand, commune jouxtant Bayeux. Ces sœurs consacrent leur vie à l’éducation de 70 orphelines. D’abord à Dieu, il est aussi tout à tous, enseigne, écrit, catéchise, donne des conférences et son rayonnement ne tarde pas à lui ouvrir les portes de l’Institution des Dames de la Vierge Fidèle de Douvres-la-Délivrande qui compte 120 élèves, plus une maison à Bruxelles et « La Maison » de la rue du Montparnasse à Paris.
Il jouit pendant vingt-trois ans de la confiance et de l’amitié de Mgr François-Marie Picaud, évêque de Bayeux, qui aime son franc-parler et son amour de la vérité. En 1954, ce dernier contraint, pour raison de santé, d’abandonner sa charge la cède à un successeur qui prend rapidement ombrage de la personnalité et de l’action de Dom Aubourg.
   Son dévouement, ses compétences, son principe d’action : « toujours partir du réel », lui valent de faire partie des services de la reconstruction : églises, écoles, maisons particulières, et il lui est demandé de veiller à l’édification du couvent des bénédictines de Caen. Mais Saint-Vigor veut en faire son maire, ce qu’il déclinera, sans échapper à un nouvel anathème.
   Dom Aubourg est étroitement mêlé à la vie littéraire de son temps. Il échange avec Maritain, Louis Massignon, Bernanos, La Varende et Lucie Delarue-Mardrus. En 1939, il rencontre Saint-Exupéry, qui, graphologue à ses heures, brosse de lui un incomparable portrait. Il a une véritable « dévotion » pour Simone Weil après avoir lu dès 1948 La Pesanteur et la grâce.
   Ses dernières années à Caen sont le temps du détachement, malgré le soutien de ses amis. Il assiste impuissant à la déchristianisation, à l’effondrement des vocations et de la formation du clergé. Réhabilitation ultime, sous l’abbatiat de Dom Prou, c’est à Solesmes, dans le cimetière des moines, qu’il repose. Comme un testament, Dom Aubourg qui a tant voulu cultiver notre sens de Dieu et de l’Eglise lègue une œuvre écrite contemplative et pastorale largement inédite d’une extraordinaire profondeur, car « souffrir est sans doute ce qu’il y a de moins perdu pour les autres. »


   Sœur Ambroise-Dominique Salleron est dominicaine enseignante à Fanjeaux et signe ici la première biographie d’envergure consacrée à ce grand moine normand, totalement voué à l’amour de Dieu et au salut des âmes.


Dans la presse

Dom Aubourg, une grande figure monastique, catholique et française - Le Salon Beige

   Sœur Ambroise-Dominique Salleron, dominicaine enseignante à Fanjeaux, petite-fille de l’écrivain Louis Salleron, publie la première biographie consacrée au grand moine normand Dom Gaston Aubourg (1887-1967), qui fut l’ami de son grand-père.

   Grâce à l’importante correspondance du moine avec plusieurs amis, nous découvrons ce moine exilé de l’abbaye de Solesmes : en 1926, lors de la condamnation de l’Action française par Pie  XI, l’abbaye de Solesmes, craignant d’être taxée d’insoumission, l’invite à s’éloigner de l’abbaye. Emportant avec lui son idéal monastique, son culte de la liturgie et du service de l’Église, il devient l’aumônier de la communauté des religieuses de Saint-Vigor-le-Grand, commune jouxtant Bayeux. Il étudie, enseigne, écrit, catéchise, donne des conférences et son rayonnement ne tarde pas à lui ouvrir les portes de l’Institution des Dames de la Vierge Fidèle de Douvres-la-Délivrande qui compte 120 élèves, plus une maison à Bruxelles et « La Maison » de la rue du Montparnasse à Paris.

   En 1944, dom Aubourg sauve Bayeux de la destruction, lors du débarquement, en avertissant les Alliés que la ville a été évacuée par l’occupant. Il jouit pendant vingt-trois ans de la confiance et de l’amitié de Mgr  François-Marie Picaud, évêque de Bayeux, mais son successeur prend rapidement ombrage de la personnalité et de l’action de Dom Aubourg. Il assiste à la déchristianisation, à l’effondrement des vocations et de la formation du clergé. L’auteur écrit ainsi :

La crise qui secoue l’Eglise lui paraît être en effet à trois niveaux. Le premier n’est que la conséquence, presque le symptôme des deux autres : ce sont les événements – comme l’affaire des prêtres-ouvriers – qui indiquent la démocratisation de l’Eglise, sa socialisation, son marxisme même. La crise s’arrêterait-elle là, elle serait grave déjà, mais non irrémédiable. Seulement, les deux autres étages sont plus graves, car plus fondamentaux. « Les âmes n’ont plus le goût de la Vérité » ; quant aux clercs, à tous les étages de l’administration ecclésiastique, ils ne savent plus penser, ne veulent plus penser, refusent la saine théologie. […]

Dom Aubourg ne condamne pas le peuple qui suit  parce qu’il ne peut faire que cela. Il ne condamne pas les simples prêtres de paroisse, pasteurs là où ils sont. Il ne condamne pas même en premier lieu les prêtres-ouvriers, ceux qui ont tenté un essai honnête, sans donner dans le marxisme. En revanche, combien lourde est la responsabilité des évêques, de tous ceux qui savent et mènent le jeu, qu’ils soient prêtres ou non .

Michel Janva

La Nef, n°333, Février 2021

   Il est difficile d’imaginer un bénédictin engagé dans les affaires du monde. Ce fut le cas pourtant de dom Gaston Aubourg (1887-1967), moine de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes. Celui-ci, que Louis Salleron s’était attaché à faire connaître, notamment à travers la publication d’un ouvrage dans la collection « Itinéraires », bénéficie aujourd’hui d’une biographie exhaustive, due à une des petites-filles de l’écrivain, sœur Ambroise-Dominique.
   Enfant en Normandie, j’avais entendu parler de dom Aubourg dont on disait presque en murmurant, qu’il avait été un moine en exil. En exil, en France, même? Lors de la condamnation de l’Action française, en 1926, il n’avait, en effet, pas caché qu’il ressentait vivement cette sentence du pape. Pour préserver la communauté – Pie XI avait pensé à fermer l’illustre abbaye – on envoya le moine normand dans ses terres natales, aumônier d’une communauté religieuse, près de Bayeux. Très clairement, il servit de fusible.
   Dans sa besace de moine en exil, sa foi vive, sa vaste culture religieuse et littéraire, son amour de la liturgie. Son franc-parler, aussi. Une physionomie hors du commun que ressuscite parfaitement, à l’aide de documents inédits, venant notamment de sa famille, sœur Ambroise-Dominique. Longtemps, le moine fut l’ami de Mgr Picaud, évêque de Bayeux. Il le fut aussi de personnalités aussi diverses que Bernanos, La Varende ou Lucie Delarue-Mardrus. Sans oublier, bien sûr, Louis Salleron qui lui resta fidèle toute sa vie. En 1944, dom Aubourg sauve Bayeux de la destruction, lors du débarquement. Dans mon enfance, on s’en souvenait encore. Il participa à la reconstruction avant de connaître peu à peu le détachement total du monde et de mourir à Caen, en 1967.
   Aujourd’hui, il repose à Solesmes, loin duquel il vécut si longtemps. Moine fidèle, malgré tout, à sa profession. Moine souffrant, profondément arrimé à la vérité et qui de sa méditation constante a su faire éclore des textes profonds qui restent encore à découvrir. En tous les cas, une grande figure monastique, catholique et française, nous est aujourd’hui pleinement révélée. Enfin!
Philippe Maxence