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Jean de La Varende, écrivain de l'honneur et de la fidélité

978-2-37271-171-5

Patrick Delon

Nouveau

23,00 €

Fiche technique

Pages310 pages + cahier photos
Dimensions13,5 x 20,5 cm
Couverturesouple
Date de parutionoctobre 2020

En savoir plus

   Qui d’autre que Patrick Delon pouvait écrire une biographie aussi érudite et exhaustive, objective et passionnée, pertinente et personnelle, sur mon grand-père ? Il est mort il y a un peu plus de soixante ans et les personnes qui l’ont rencontré personnellement deviennent rares…
   Son fils Éric, mon père, admirait l’écrivain, et nous le racontait avec mélancolie en évoquant les petits animaux de son Arche de Noé, l’histoire de Roudoudou que son père lui écrivait chaque semaine dans les lettres adressées à l’École des Roches pour rompre l’éloignement. Il aimait le décrire marchant dans les allées du parc avec sa grande cape et ses cannes qu’il changeait en fonction de son humeur ; il évoquait aussi avec humour l’arrivée de son père dans l’église de Chamblac, quelquefois en retard, contraignant le père Montgomery à reprendre sa messe depuis le début. Papa nous racontait aussi la déception de son père à l’annonce de ma naissance, je n’étais qu’une fille ! puis son enthousiasme à la naissance de mon frère Hugues.
   Ma mère, aussi, parlait de ses rapports avec son beau-père qui l’emmenait sur les routes du pays d’Ouche en Citröen noire pour aller chez les antiquaires avec l’expression : « Allez ma bru, on va se trimbalmucher ! »
   Aujourd’hui, je vis dans sa maison, son décor, ses meubles, mais il me manque charnellement. Son fantôme hante encore les couloirs de la maison. Et sa présence est tellement forte qu’il m’arrive de lui demander conseil. Je sais qu’il me protège.
   Charles-Édouard, qui m’aide à maintenir la propriété, a soif d’histoires personnelles liées à La Varende, d’anecdotes pour l’incarner dans sa maison, que la lecture des romans, des contes, et des biographies de mon grand-père n’étanche pas complètement. Il trouvera assurément dans cet ouvrage méticuleux et complet l’incarnation du héros de Bonneville.
                                    Extrait de la préface de la Princesse Charles-Édouard de Broglie, née La Varende

   Né à Carentoir en Morbihan, Patrick Delon est, comme Jean de La Varende, un fils du Grand Ouest : breton par son père, normand par sa mère. Actuel président de l’association Présence de La Varende, il cultive depuis son adolescence la mémoire du chantre de la Normandie éternelle. Fruit de cette longue intimitié avec l’écrivain, la biographie qu’il nous offre est riche du témoignage des proches, des écrits et des archives parfois inédites qu’il a collectées au fil de la consultation de milliers de documents liés à la vie, l’âme et l’œuvre de son héros fidèle à son Dieu, fidèle à sa famille, fidèle à son peuple, fidèle à son roi.

Ouvrages de Jean de La Varende présentés par Patrick Delon.

Dans la Presse

Plaisir de Lire, numéro 194

   L’auteur élargit notre regard sur la vie de Jean de La Varende et sa stricte biographie par une longue série de témoignages d’artistes, d’écrivains, d’intellectuels, de lecteurs qui l’ont rencontré, fréquenté, admiré, aimé. Il adjoint une recension complète des œuvres, romans, articles et interviews les plus divers de l’illustre écrivain et un encart de photos. Nous apprécions dans ce volume le témoignage de la très fervente et fidèle amitié de Patrick Delon qui honore avec panache de toute son âme, notre belle langue et sa chère patrie. Pour qui ce livre ? Bon lecteur adulte.

Lecture et Tradition

Jean de La Varende a trouvé en Patrick Delon son encyclopédiste

   Louis XIV avait son mémorialiste, le Duc de Saint-Simon[1], La Varende a trouvé son encyclopédiste, Patrick Delon.

   En effet, si vous aimez Jean de La Varende (1887-1959) et comment ne l'aimeriez-vous pas, fidèles lecteurs de Lecture et Tradition et fervents contre-révolutionnaires, alors vous devez, en ces temps mauvais de confinement propices à la lecture, adhérer à l'Association Présence de La Varende[2] et acheter la biographie que son Président, Patrick Delon, vient de publier sous le titre explicite : « Jean de La Varende, écrivain de l'honneur et de la fidélité » chez Via Romana.

   Depuis 50 ans, notre ami Patrick Delon « chine » à la recherche de documents, lettres, livres, objets, dessins ayant appartenu ou relatifs à La Varende. Ce livre est le fruit de ces années de recherche qui ont nécessité persévérance, informations sûres et recoupées, curiosité du collectionneur et aussi … un peu de chance. 

   La seule biographie de La Varende, à ce jour, était celle d'Anne Brassié[3] qui attendait patiemment depuis 27 ans un travail différent et complémentaire. Si l'ouvrage d'Anne Brassié, puisant aux meilleures sources (le Journal, la correspondance de La Varende), est flamboyant, enlevé, ne celant rien de la vie, y compris amoureuse, de notre grand Normand, en revanche, on regrette quelques erreurs ou approximations qui auraient pu être évitées. 

   Rien de tel avec Patrick Delon qui a tout vérifié, classé, analysé et mis en musique avant impression. Nul ne peut le surprendre ou lui reprocher quelque erreur ou inexactitude. C'est du grand art ! Il est vrai, comme le dit la princesse Charles-Edouard de Broglie dans la préface, que Patrick Delon était le mieux placé pour écrire cette biographie du maître du Chamblac tant ses archives personnelles que les documents consultés ou mis à sa disposition sont impressionnants et sa connaissance de l'homme et de l’œuvre à nulle autre pareille. Patrick Delon est plus réservé, mesuré, plein de retenue, ne souhaitant pas, à juste titre, tomber dans le « voyeurisme » trop fréquent de nos jours. 

   Le plan de l'ouvrage est original : dans une première partie ( 170 pages), la biographie proprement dite que Patrick Delon résume en une phrase lapidaire : « Ainsi demeure l’œuvre de La Varende où sont sous-jacentes ces deux valeurs que sont la fidélité et la tradition derrière lesquelles résonne ce mot d'honneur ... » ; après un cahier central de photos en noir et blanc dont celle de La Varende sur son lit de mort à Paris, une deuxième partie documentaire, ( 130 pages) que l'on peut qualifier d'exceptionnelle, constitue une véritable encyclopédie sur la vie et l’œuvre de La Varende avec aussi bien la généalogie complète de l'écrivain ( côté paternel et maternel) que les thèses ou mémoires consacrés à La Varende, la liste des 123 illustrateurs ou photographes des œuvres de l'auteur de Nez de Cuir ou les moments les plus importants de la vie de l'Association (acquisitions, dons ou legs). Bref, rien n'est oublié, tout est soigneusement classé, répertorié. Les amateurs de La Varende, et ils sont nombreux[4], ne peuvent que remercier Patrick Delon pour ce travail de bénédictin ou … d'encyclopédiste. 

   Dans sa biographie, il nous décrit, par exemple, avec précision, en respectueux hommage, le château de Bonneville-Chamblac, près de Broglie dans l'Eure, que La Varende habita la majeure partie de sa vie. On comprend mieux, avec un peu d'imagination, dans quel cadre, propice à l'écriture, il a pu écrire nouvelles et romans, à la fois hors du temps et relié aux générations précédentes par ses dix sept tableaux d'ancêtres et ces « objets aimés »[5] achetés au gré de ses voyages normands ou parisiens. 

   Ce qui est remarquable dans le livre de Patrick Delon, c'est qu'au fil des pages et des descriptions, il met en perspective les événements de la vie de La Varende et l'œuvre qu'il écrira plus tard (ou qu'il a déjà esquissée) en rappelant que les héros ou les personnages du roman ou de la nouvelle ont très souvent été inspirés par des parents de l'écrivain ou par des histoires racontées par des proches de la famille, en particulier Madame de Sainte-Opportune, morte à 108 ans et mémoire vivante du Pays d'Ouche. Quelques exemples pour illustrer mon propos : Hyacinthe Briot de la Crochais, héros du roman posthume : le non de Monsieur Rudel ou Louis-Achille Perier de la Genevraye, son grand-oncle, héros du roman Nez de Cuir ou encore le commandeur de Mallard (Galart dans l'oeuvre), capitaine de Malte.

   Pour arriver à un tel résultat, il faut non seulement connaître la vie et l’œuvre de La Varende mais être capable d'en suivre les méandres et de découvrir les signes et indices qui permettent d'accompagner notre grand Normand dans l' « accouchement » de ses romans. Autre originalité de l'ouvrage : Patrick Delon « colle » au plus près de la réalité. Il fait appel, à de nombreuses reprises, aux souvenirs personnels de La Varende tirés de son journal ou de sa correspondance comme ceux, saisissants, de la guerre de 14 où La Varende occupe les fonctions d'infirmier, souvenirs qui donnent du rythme au récit et le rend d'autant plus vivant.

   Un regret : que Patrick Delon n'ait pas mentionné, lors des deux candidatures infructueuses de La Varende à l'Académie française en 1954 et 1956, que les deux Ducs de Broglie, Louis et Maurice, ses voisins, n'aient pas voté pour lui bien que La Varende se considérât comme leur vassal. De là, une brouille entre les deux familles. Dès lors, le mariage en 1979 de Laure, la petite-fille aînée de Jean avec le prince Charles-Edouard de Broglie, apparaissait comme un clin d’œil de la Providence, la revanche posthume de Jean de La Varende.

   Autre regret, tant il est vrai que l' exigence ne s'applique qu'aux ouvrages d'excellence et aux auteurs de qualité : on aurait aimé que Patrick Delon parle davantage des amis de La Varende à l'âge mûr (Fabulet, Hermann Quéru, René Fauchois, Louis Foisil, René Benjamin, Michel de Saint-Pierre, Claude Farrère ou Jean de Beaulieu …) car selon l'adage : dis moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es. Mais cela aurait, sans nul doute, alourdi l'ouvrage, déjà dense. 

   En conclusion, Patrick Delon remarque finement que « l'auteur (NDLR La Varende) dégage une vigueur, une puissance et un appétit de vivre hors du commun qu'il communique à ses personnages ... ». C'est la leçon que l'on retient à la lecture de la centaine d'ouvrages écrits par La Varende qui font appel au meilleur de nous-même : la loyauté dans l'honneur et la fidélité aux principes. Jean de La Varende reste l'un des derniers Manants du Roi[6]et, à ce titre, il mérite non seulement notre respect mais notre admiration. Merci à Patrick Delon de nous l'avoir rappelé avec passion, érudition et une grande concision.
Olivier DESTOUCHES 

[1]Voir de La Varende : Monsieur le Duc de Saint Simon et sa comédie humaine (Hachette Paris 1955).

[2]25 rue Violet -75015 PARIS. Tél. 06 23 43 01 08 et courriel : presence2lavarende@orange.fr

[3]Anne Brassié : La Varende, pour Dieu et le Roi (Perrin 1993).

[4]Lors de la vente à Drouot le 13 novembre 2020, certains ouvrages de La Varende ont atteint ou approché des records : Versailles, l'un des 3 ex. de tête sur Japon est parti à 4000 €, O Pia ! À 1600 € (seuls 15 ex. sur Hollande), ou Rouge et Or à 1400 € (l'un des 25 ex. de tête sur Arches). Il fallait, en plus des enchères, ajouter 27% de frais !

[5]L'objet aimé de La Varende (Plon Paris 1967).

[6]Les Manants du Roi de La Varende (Plon Paris 1938).

Famille Chrétienne, n°2248, semaine du 13 au 19 février 2021

   Dans une biographie fouillée, Patrick Delon éclaire les différentes facettes de l’écrivain Jean de La Varende (1887-1959), homme d’honneur et de fidélité, dont l’aura va bien au-delà des cercles royalistes.

   Président de l’association Présence de La Varende (1), Patrick Delon cultive depuis son adolescence la mémoire du chantre de la Normandie éternelle, Jean de La Varende. S’appuyant sur des témoignages ainsi que sur des documents d’archives et des écrits souvent inédits, il dresse un portrait soigné (2) d’une figure aujourd’hui relativement méconnue. Un écrivain toujours vert – à la plume empanachée, intrépide et forte – dont les personnages héroïques issus du terreau familial fécondent les âmes et les imaginations. «Un écrivain du sol et du sang dans une tradition qui doit plus à Barbey d’Aurevilly qu’à Maurice Barrès », affirme-t-il. Entretien.
   Mémorialiste de la vie à la campagne sous l’Ancien Régime, avec ses curés, ses paysans et ses hobereaux, Jean de La Varende n’est-il pas un écrivain quelque peu obsolète ?
   Très connu et reconnu de son vivant, La Varende a été écarté après sa mort, jusqu’à disparaître des anthologies littéraires, car de moins en moins dans les idées du temps. Fervent royaliste, mémorialiste d’une époque révolue associée à l’Ancien Régime, il avait une vision verticale de l’organisation de la société, mais qui excluait tout rapport de domination. Pour autant, c’est un écrivain actuel, dont on découvre sans cesse des pans inédits d’une œuvre déjà abondante de son vivant (plus de quatrevingts livres à son actif, publiés chez des grands éditeurs, et souvent à des tirages importants). Quand on le lit, on ne peut plus s’en détacher! Cela vient autant de son écriture, à la fois mouvementée, drue et savoureuse, émaillée de mots anciens ou de patois («une littérature de cheval au galop »), que de ses valeurs universelles: le courage et l’honneur, l’attachement à son terroir, la fidélité à sa foi et à soi-même, la défense du pauvre et du faible, la droiture, la grandeur dans l’humilité, l’amour du bel ouvrage, etc. Des idéaux qui perdureront quoi qu’il arrive et qui trouvent encore un écho auprès de certains jeunes, j’en atteste. Les héros de ses récits nous redonnent souffle, espoir et enthousiasme. Ils semblent nous murmurer: «Allez! N’ayez pas peur de regarder en avant, vers le haut, vers ce que qui nous transcende.»
   Quels sont ses lecteurs aujourd’hui ?
   L’association Présence de La Varende est composée de membres issus de divers horizons politiques ou religieux, de tous milieux sociaux, professeurs d’université, historiens, officiers et médecins, mais aussi des ruraux, des femmes actives et mères au foyer. Des gens émerveillés par son style, ses récits maritimes, ses maquettes de bateaux, des artisans, des amoureux de la nature, d’autres qui aiment l’Histoire et les guerres de la chouannerie. Que viennent-ils chercher? Un souffle d’air, un dépaysement complet, un idéal de vie, un souvenir de la vie d’autrefois.
   N’appartient-il pas à une tradition littéraire, qui va du roman de chevalerie au roman de cape et d’épée, un genre très populaire jusqu’à récemment ?
   Certes, on retrouve l’influence des valeurs de la chevalerie avec le respect dû aux femmes, ainsi que la fidélité à Dieu et au souverain. Pour le roman de cape et d’épée, il faut se tourner vers le cycle Tinchebray comprenant Nez-de-Cuir, gentilhomme d’amour (1936), Man d’Arc (1939), Le Caducée ou Les Masques (1951) et Le Centaure de Dieu (1938). Mais La Varende n’appartient à aucune école. Les paysans et les hobereaux qu’il met en scène ne sont pas des archétypes littéraires mais des êtres de chair et de sang, ancrés dans la terre de Normandie ou de Bretagne, avec la tête tournée vers le ciel. Pas du tout citadin, La Varende ne se sentait bien que dans sa propriété familiale de Bonneville, à Chamblac (Eure).
   À l’origine de ses romans, il y a cette quête de racines…
   Oui, c’est le fil d’or de son œuvre. La Varende aura été un écrivain du sang et du sol dans une tradition qui doit plus à l’écrivain Barbey d’Aurevilly qu’au très nationaliste Maurice Barrès. Du côté maternel, La Varende était issu d’une famille de marins bretons, marquée par la figure de son grand-père, l’amiral Camille Fleuriot de Langle, qui l’éleva en partie : le modèle du « seigneur » qu’on retrouve dans nombre de nouvelles maritimes et dans le personnage du marquis de La Barre. Du côté paternel, il fit de son grand-oncle Louis-Achille Périer de La Genevraye, blessé en 1814 lors de la campagne de France, le personnage de Nez-de-Cuir, un cavalier fougueux défiguré à la guerre qui multipliera les conquêtes amoureuses. C’est son roman le plus célèbre, récemment adapté en bande dessinée par Jean Dufaux et Jacques Terpant (Éd. Futuropolis).
   Pourquoi cette volonté de « rendre justice » à ses ancêtres et de faire revivre un monde englouti par la Révolution française et la modernité… ?
   La Varende indique l’origine de son inspiration dans une lettre magnifique datée de 1948. Du côté paternel, «[s]a famille est sans grande illustration, campagnarde et guerrière, très peu courtisane, à la tête d’ailleurs de toutes les révoltes paysannes […]. Nous sommes des terriens avant tout et avec le combat, le domaine est notre grand souci. Non pour en tirer de l’argent mais pour l’améliorer […]. La morgue? Inconnue dans ce milieu de fervents pour qui un beau labour était une merveille, c’était en somme la manière de la noblesse rurale. Beaucoup lisaient, taquinaient la muse (oh, sans jactance !), et c’est en pensant à eux que moi-même j’écrivis. Il fallait qu’on leur rendît enfin justice, ils avaient été si utiles […]. Ils sont la gaieté, le cerveau de la campagne, dont ils ont en partie créé la beauté. Ces notables étaient le sel de leur pays ». Il décrira ainsi une forme de petite société rurale idéale, unie autour d’un même amour de la terre, dans une sorte de bonhomie joyeuse et active.
   Un mot sur sa foi catholique ?
   Sa foi était totale, un peu tourmentée, notamment au moment de la condamnation de l’Action française. C’était celle d’un paysan mystique. Dans un livre posthume (Seigneur, Tu m’as vaincu, paru en 1960), il confiait: «Dans mes détresses, dans une longue vie d’inquiétude et d’insatisfaction, j’ai toujours trouvé en Lui un secours et une audition ineffable […]. Mais cela date de la trentaine, depuis que, ne L’adorant plus, je ne fais que L’aimer.» Parmi ses biographies célèbres, notons celles sur le Curé d’Ars, Don Bosco et saint Vincent. Dans ses romans et nouvelles, il fait également intervenir de nombreux prêtres et religieux avec un grand sens apostolique et théologique. «Dans la grande pagaille qui vient, je compte seulement mourir en seigneur, et voilà tout! », disait-il, en espérant avoit fait honneur à ses valeureux aïeux sa vie durant. Et c’est en esquissant un grand signe de croix qu’il rendit l’âme.
Propos recueillis par Diane Gautret

Présent, vendredi 22 janvier 2021

   Lire Les Manants du Roi à 17 ans… la voie royale pour entrer dans l’œuvre de Jean de La Varende. Une émotion dont on ne guérit plus. Patrick Delon représente le type même du lecteur passionné de l’écrivain normand. Auteur d’une biographie de La Varende dans la collection « Qui suis-je ? » chez Pardès (2009), il réitère avec un texte beaucoup plus détaillé chez Via Romana, dans lequel il fait montre d’une connaissance proprement époustouflante de son auteur favori.

— Que peut apporter la lecture de La Varende à un adolescent d’aujourd’hui ?
— Pour un adolescent d’aujourd’hui, la lecture des œuvres de La Varende est bénéfique. D’abord, c’est un homme de bon sens, un vrai conteur qui sait raconter de vraies histoires, avec du suspense, où l’on apprend toujours quelque chose. De ses livres se dégage un idéal mettant en valeur des qualités humaines comme le courage, l’honneur et l’amour de la na- ture. Mais aussi il y exalte les vertus chrétiennes de respect et d’amour de Dieu, de générosité, d’amour et d’aide aux plus faibles.
— Quels titres conseilleriez-vous pour découvrir cet écrivain ?
— On trouve tout cela dans ses livres Les Manants du roi, Heureux les humbles, Amours, Nez de Cuir, Le Centaure de Dieu ou Le Non de Monsieur Rudel, également dans ses Contes de Noël, Contes marins, Contes sacrés ou Contes de chouannerie.
— Qu’est-ce qui vous a particulièrement attiré chez La Varende au point de devenir président de l’association Pré- sence de La Varende ?
— Ce qui m’a attiré dans l’œuvre de La Varende est son amour de la mer, de la nature et des beaux objets. Mais aussi son style, sa manière d’écrire, de raconter, et la découverte du comportement de ses personnages. J’ai adhéré à l’association pour ces raisons et parce que les membres que j’y ai rencontrés avaient les mêmes valeurs. Je n’ai jamais cherché à être président, j’ai accepté la charge de secrétaire général pour aider un ami qui avait repris la présidence à la mort de celui qui animait l’association. Et, à mon tour, j’ai accepté la charge de président quand cet ami a eu de graves problèmes de santé. L’œuvre de La Varende m’a tant apporté que j’ai trouvé normal de répondre « présent » quand le besoin s’en est manifesté. Ne doit-on pas transmettre quand on a reçu ? Et adhérer à Présence de La Varende, dont le but est de garder la mémoire de l’écrivain et d’aider à la promo- tion de ses œuvres, en est un des moyens.
— La Varende, connu pour être Normand, a aussi des origines familiales bretonnes. Quel rôle la Bretagne joue-telle dans sa vie ?
— La Bretagne a joué un grand rôle dans la vie de l’écrivain. D’abord, c’est la terre de sa famille maternelle, les Fleuriot de Langle. C’est l’endroit où il a passé son enfance, tant à Rennes qu’à La Morinais en Iffendic, la propriété de son grand-père. C’est en Bretagne où il a rencontré ses amis de jeunesse Geoffroy des Nétumières ou Pierre de Graveron, des prêtres qui l’ont marqué comme le chanoine Prost ou le père Lefel, son confesseur au collège Saint-Vincent de Rennes. Et, surtout, c’est là où il a découvert la mer et le monde maritime. Il gardera toujours une nostalgie de la Bretagne quand il vivra à Chamblac en Normandie.
— La Varende n’a pu entrer à l’Ecole navale, alors qu’il en rêvait. Comment a-t-il « tourné » cette déception ?
— C’est une mauvaise vue qui l’empê- cha d’entrer à l’Ecole navale. Mais le souvenir de son père mort trois mois après sa naissance, l’éducation de sa mère, la présence et les histoires de son grand-père l’amiral l’ont amené à découvrir le monde marin, sans oublier les exemples héroïques des grands marins. Il a appris les traditions et les usages des marins avec les vieux matelots qui étaient au service de son grand-père. Puis ce dernier lui a appris à tailler des coques, à les gréer et à les faire naviguer. Par la suite, il écrira des contes marins, des biographies de marins célèbres, Tourville, Suffren, Jean Bart, Surcouf. Il écrira même une histoire de la marine, La Navigation sentimentale, qu’il illustrera lui-même. Enfin il construira plus de 200 maquettes de bateaux. Il sera nommé dès 1934 chevalier du Mérite maritime et deviendra membre de l’Académie de marine en 1951.
— Quelle place tient la foi dans la vie et l’œuvre de l’auteur du Centaure de Dieu ?
— La foi est un élément impor- tant chez La Varende, il dira : « La Foi, oui la Foi, voilà ce qu’il faut. Mais elle n’est pas donnée à tout le monde. » On trouve la sensibilité religieuse de l’écrivain dans l’importance qu’il donne à la prière. Il a confié : « Sans prière la Foi s’échappe lentement de l’être et la Foi n’est maintenue que par les mains jointes. » Il écrira les hagiographies de saint Vincent de Paul, de don Bosco et du Curé d’Ars. Dans ses romans Le Centaure de Dieu et Le Non de Monsieur Rudel, les personnages principaux sont un jeune homme qui deviendra missionnaire et un zouave pontifical qui défend son église au moment des Inventaires. Il écrira une monographie sur l’abbaye du Bec-Hellouin et sur le Mont Saint-Michel. Et dans plusieurs livres de nouvelles, la présence de Dieu est bien visible, comme dans Heureux les hum- bles. Il dira : « Pour moi, Dieu est le plus tendre et le plus noble de mes compagnons. J’ai cru percevoir qu’il me recevait avec affabilité, qu’il m’écoutait, jetait les yeux sur moi avec intérêt, même avec bonté. Mais cela date de ma tren- taine, depuis que, ne l’adorant plus, je ne fais que l’aimer. »
— De quels auteurs rapprocheriez-vous La Varende ?
— La Varende est un écrivain singulier, proche de Barbey d’Aurevilly, de Gustave Flaubert, d’Honoré de Balzac ou même d’Henri Troyat, notamment dans les cycles Tinchebray (Nez de Cuir, Man d’Arc, Les Masques et Le Centaure de Dieu), La Barre (Le Troisième Jour, La Dernière Fête) et d’Anville (L’Amour de Monsieur de Bonneville, Cavalier seul, Cœur pensif et La Partisane).

Patrick Delon


Lectures et Traditions, décembre 2020

Jean de La Varende a trouvé en Patrick Delon son encyclopédiste 

   Louis XIV avait son mémorialiste, le Duc de Saint-Simon[1], La Varende a trouvé son encyclopédiste, Patrick Delon. 

   En effet, si vous aimez Jean de La Varende (1887-1959) et comment ne l'aimeriez-vous pas, fidèles lecteurs de Lecture et Tradition et fervents contre-révolutionnaires, alors vous devez, en ces temps mauvais de confinement propices à la lecture, adhérer à l'Association Présence de La Varende[2] et acheter la biographie que son Président, Patrick Delon, vient de publier sous le titre explicite : « Jean de La Varende, écrivain de l'honneur et de la fidélité » chez Via Romana.

   Depuis 50 ans, notre ami Patrick Delon « chine » à la recherche de documents, lettres, livres, objets, dessins ayant appartenu ou relatifs à La Varende. Ce livre est le fruit de ces années de recherche qui ont nécessité persévérance, informations sûres et recoupées, curiosité du collectionneur et aussi … un peu de chance. 

   La seule biographie de La Varende, à ce jour, était celle d'Anne Brassié[3] qui attendait patiemment depuis 27 ans un travail différent et complémentaire. Si l'ouvrage d'Anne Brassié, puisant aux meilleures sources (le Journal, la correspondance de La Varende), est flamboyant, enlevé, ne celant rien de la vie, y compris amoureuse, de notre grand Normand, en revanche, on regrette quelques erreurs ou approximations qui auraient pu être évitées. 

   Rien de tel avec Patrick Delon qui a tout vérifié, classé, analysé et mis en musique avant impression. Nul ne peut le surprendre ou lui reprocher quelque erreur ou inexactitude. C'est du grand art ! Il est vrai, comme le dit la princesse Charles-Edouard de Broglie dans la préface, que Patrick Delon était le mieux placé pour écrire cette biographie du maître du Chamblac tant ses archives personnelles que les documents consultés ou mis à sa disposition sont impressionnants et sa connaissance de l'homme et de l’œuvre à nulle autre pareille. Patrick Delon est plus réservé, mesuré, plein de retenue, ne souhaitant pas, à juste titre, tomber dans le « voyeurisme » trop fréquent de nos jours. 

   Le plan de l'ouvrage est original : dans une première partie ( 170 pages), la biographie proprement dite que Patrick Delon résume en une phrase lapidaire : « Ainsi demeure l’œuvre de La Varende où sont sous-jacentes ces deux valeurs que sont la fidélité et la tradition derrière lesquelles résonne ce mot d'honneur ... » ; après un cahier central de photos en noir et blanc dont celle de La Varende sur son lit de mort à Paris, une deuxième partie documentaire, ( 130 pages) que l'on peut qualifier d'exceptionnelle, constitue une véritable encyclopédie sur la vie et l’œuvre de La Varende avec aussi bien la généalogie complète de l'écrivain ( côté paternel et maternel) que les thèses ou mémoires consacrés à La Varende, la liste des 123 illustrateurs ou photographes des œuvres de l'auteur de Nez de Cuir ou les moments les plus importants de la vie de l'Association (acquisitions, dons ou legs). Bref, rien n'est oublié, tout est soigneusement classé, répertorié. Les amateurs de La Varende, et ils sont nombreux[4], ne peuvent que remercier Patrick Delon pour ce travail de bénédictin ou … d'encyclopédiste. 

   Dans sa biographie, il nous décrit, par exemple, avec précision, en respectueux hommage, le château de Bonneville-Chamblac, près de Broglie dans l'Eure, que La Varende habita la majeure partie de sa vie. On comprend mieux, avec un peu d'imagination, dans quel cadre, propice à l'écriture, il a pu écrire nouvelles et romans, à la fois hors du temps et relié aux générations précédentes par ses dix sept tableaux d'ancêtres et ces « objets aimés »[5] achetés au gré de ses voyages normands ou parisiens. 

   Ce qui est remarquable dans le livre de Patrick Delon, c'est qu'au fil des pages et des descriptions, il met en perspective les événements de la vie de La Varende et l'œuvre qu'il écrira plus tard (ou qu'il a déjà esquissée) en rappelant que les héros ou les personnages du roman ou de la nouvelle ont très souvent été inspirés par des parents de l'écrivain ou par des histoires racontées par des proches de la famille, en particulier Madame de Sainte-Opportune, morte à 108 ans et mémoire vivante du Pays d'Ouche. Quelques exemples pour illustrer mon propos : Hyacinthe Briot de la Crochais, héros du roman posthume : le non de Monsieur Rudel ou Louis-Achille Perier de la Genevraye, son grand-oncle, héros du roman Nez de Cuir ou encore le commandeur de Mallard (Galart dans l'oeuvre), capitaine de Malte.

   Pour arriver à un tel résultat, il faut non seulement connaître la vie et l’œuvre de La Varende mais être capable d'en suivre les méandres et de découvrir les signes et indices qui permettent d'accompagner notre grand Normand dans l' « accouchement » de ses romans. Autre originalité de l'ouvrage : Patrick Delon « colle » au plus près de la réalité. Il fait appel, à de nombreuses reprises, aux souvenirs personnels de La Varende tirés de son journal ou de sa correspondance comme ceux, saisissants, de la guerre de 14 où La Varende occupe les fonctions d'infirmier, souvenirs qui donnent du rythme au récit et le rend d'autant plus vivant.

   Un regret : que Patrick Delon n'ait pas mentionné, lors des deux candidatures infructueuses de La Varende à l'Académie française en 1954 et 1956, que les deux Ducs de Broglie, Louis et Maurice, ses voisins, n'aient pas voté pour lui bien que La Varende se considérât comme leur vassal. De là, une brouille entre les deux familles. Dès lors, le mariage en 1979 de Laure, la petite-fille aînée de Jean avec le prince Charles-Edouard de Broglie, apparaissait comme un clin d’œil de la Providence, la revanche posthume de Jean de La Varende.

   Autre regret, tant il est vrai que l' exigence ne s'applique qu'aux ouvrages d'excellence et aux auteurs de qualité : on aurait aimé que Patrick Delon parle davantage des amis de La Varende à l'âge mûr (Fabulet, Hermann Quéru, René Fauchois, Louis Foisil, René Benjamin, Michel de Saint-Pierre, Claude Farrère ou Jean de Beaulieu …) car selon l'adage : dis moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es. Mais cela aurait, sans nul doute, alourdi l'ouvrage, déjà dense. 

   En conclusion, Patrick Delon remarque finement que « l'auteur (NDLR La Varende) dégage une vigueur, une puissance et un appétit de vivre hors du commun qu'il communique à ses personnages ... ». C'est la leçon que l'on retient à la lecture de la centaine d'ouvrages écrits par La Varende qui font appel au meilleur de nous-même : la loyauté dans l'honneur et la fidélité aux principes. Jean de La Varende reste l'un des derniers Manants du Roi[6]et, à ce titre, il mérite non seulement notre respect mais notre admiration. Merci à Patrick Delon de nous l'avoir rappelé avec passion, érudition et une grande concision.
Olivier DESTOUCHES

[1]Voir de La Varende : Monsieur le Duc de Saint Simon et sa comédie humaine (Hachette Paris 1955).

[2]25 rue Violet -75015 PARIS. Tél. 06 23 43 01 08 et courriel : presence2lavarende@orange.fr

[3]Anne Brassié : La Varende, pour Dieu et le Roi (Perrin 1993).

[4]Lors de la vente à Drouot le 13 novembre 2020, certains ouvrages de La Varende ont atteint ou approché des records : Versailles, l'un des 3 ex. de tête sur Japon est parti à 4000 €, O Pia ! À 1600 € (seuls 15 ex. sur Hollande), ou Rouge et Or à 1400 € (l'un des 25 ex. de tête sur Arches). Il fallait, en plus des enchères, ajouter 27% de frais !

[5]L'objet aimé de La Varende (Plon Paris 1967).

[6]Les Manants du Roi de La Varende (Plon Paris 1938).